Génogramme ou arbre généalogique : quelle différence, et pourquoi ça compte pour votre récit de vie

 
 

On me pose souvent la question au début d'un accompagnement : « Vous allez faire mon arbre généalogique ? » Pas tout à fait. Ce que je propose ressemble à un arbre, mais ça n'en est pas un. C'est un génogramme. Et la différence n'est pas cosmétique.

L'arbre généalogique, une carte des liens de sang

L'arbre généalogique répond à une question précise : qui descend de qui. Il remonte les générations, note les noms, les dates de naissance et de décès, les mariages. C'est un outil de filiation, précieux pour la mémoire familiale, pour retrouver une lignée, pour situer chacun·e dans une chronologie.

Il est exhaustif sur les faits. Il est silencieux sur tout le reste.

Deux frères peuvent apparaître côte à côte sur un arbre généalogique sans qu'on sache qu'ils ne se sont pas parlé pendant vingt ans. Une grand-mère peut y figurer avec ses cinq enfants sans qu'on devine lequel elle a préféré, ou lequel elle a tenu à distance.

Le génogramme, une carte des relations

Le génogramme est né dans les années 1960 aux États-Unis, sous l'impulsion du psychiatre Murray Bowen, qui cherchait un outil pour représenter les familles de ses patients autrement que par une liste de noms. Ses élèves, Monica McGoldrick et Randy Gerson, ont ensuite formalisé les symboles qu'on utilise aujourd'hui.

Sur un génogramme, chaque trait raconte quelque chose. Une ligne pleine pour une relation proche. Une ligne en zigzag pour un conflit. Une ligne brisée pour une rupture. Des symboles pour les secrets, les deuils non faits, les répétitions : le même métier d'une génération à l'autre, les mêmes âges de rupture amoureuse, les silences qui reviennent.

Le génogramme part de la structure de l'arbre généalogique, mais il y ajoute une couche : celle du vécu. Ce n'est plus seulement qui est né de qui, mais qui était proche de qui, qui s'est éloigné, qui portait quel rôle dans le système familial.

Pourquoi je commence souvent par là

Avant d'écrire un récit de vie, j'ai besoin de comprendre la famille comme un système, pas seulement comme une liste. Le génogramme m'aide à repérer les motifs qui se répètent : un aîné qui prend toujours la responsabilité des autres, une génération de femmes qui partent tôt de la maison, un silence qui traverse trois générations sans qu'on sache d'où il vient vraiment.

Ces motifs ne sont pas toujours ceux que la personne a en tête en venant me voir. Mais ils éclairent souvent la thématique autour de laquelle son récit va se construire : la place dans la fratrie, la transmission, un secret de famille, un rôle social hérité.

Faire ce travail en amont change la manière d'écouter les entretiens. On n'écoute plus seulement une histoire individuelle. On écoute une histoire qui s'inscrit dans une lignée de choix, de ruptures et de loyautés.

Suivant
Suivant

Écrire l'inceste : six textes publiés qui ouvrent la parole