Qu’est-ce qu’un secret de famille ?
Dans de nombreuses familles, il existe des histoires non dites, des événements passés soigneusement cachés, ou des vérités que personne n’ose évoquer. Ces silences, souvent chargés d’émotions, sont ce qu’on appelle des secrets de famille.
Définition du secret de famille
Un secret de famille est une information, un événement ou une réalité que certains membres d’une famille choisissent de dissimuler aux autres, parfois pendant des générations.
Toutes les familles abritent des secrets. Leurs impacts potentiels dépendent du contexte. Certains secrets renforcent l’identité (tels les journaux intimes, les secrets d’enfants). D’autres sont constitutifs de l’intimité et la confiance, comme par exemple ce qui relève de la vie intime d’un couple - Attention : un couple qui se dit « sans secret » n’est pas forcément un couple sain. Les secrets sont toxiques quand ils empoisonnent les relations et/ou restreignent l’autonomie des membres d’une famille. Ils sont liés à la peur, aux relations de pouvoir et à la violence. C’est souvent à ce stade que naît le besoin d’écrire sur sa famille, non pour accuser, mais pour comprendre ce qui s’est transmis dans le silence.
Ainsi, il faut distinguer l’intimité saine du secret malsain. Ce qui est privé n’affecte pas la santé ou les choix des autres. Comme l’explique Evan Imber-Black, thérapeute familiale et professeur de psychiatrie, dans Le poids des secrets de famille : « La dissimulation joue un rôle central dans le secret, mais pas dans la vie privée. Je suis souvent obligée de me demander si le fait de garder pour moi une certaine information va influer sur les choix d'une autre personne, sur sa capacité à prendre des décisions et sur son bien-être. Si c'est le cas, je considère que cela relève plutôt du secret que de l'intimité. »
Le secret peut être lié à :
Une naissance ou un décès non reconnu(e)
Une adoption non déclarée
Une relation extraconjugale
Un traumatisme (violence, abus, guerre)
Une maladie
Une origine sociale, ethnique ou religieuse dissimulée
Un crime
Un suicide
Pourquoi les secrets existent-ils ?
Les secrets ne viennent pas de nulle part. Ils se nourrissent de contextes culturels, sociaux, politiques et religieux. L’avortement, par exemple, a longtemps été un acte criminel. Il reste souvent secret par honte ou par peur. En Europe, le suicide fut pendant longtemps condamné par l’Église. Il avait des répercussions sociales pour la famille de la personne. Aujourd’hui encore on le déguise parfois en maladie ou en accident. Le SIDA, les maladies psychiatriques ou certaines formes de marginalité restent tabous. Ces silences collectifs façonnent durablement l’histoire des familles, même lorsque personne n’en parle ouvertement.
Les raisons du secret sont multiples et souvent liées à la peur, la honte, la protection ou le désir de préserver l’image familiale :
Protéger les enfants “On ne voulait pas leur faire de mal.”
Éviter le jugement “Ça aurait déshonoré la famille.”
Maintenir la paix “Mieux vaut ne pas rouvrir les plaies.”
Cacher une vérité inconfortable “On ne savait pas comment l’aborder.”
Les conséquences
Les secrets façonnent les dynamiques familiales. Ils créent des alliances, des distances, des règles implicites. Ils dictent qui parle, qui se tait, qui est puni, qui est récompensé. Les silences, les regards fuyants, les changements de sujet soudains révèlent souvent la présence d’un secret. C’est précisément ce que l’on explore dans un livre sur un secret de famille, ces mécanismes deviennent enfin visibles.
Certains secrets se portent seuls, par honte, par peur ou par besoin de contrôle. Ils peuvent aussi être cachés à une seule personne, avec la complicité silencieuse des autres membres de la famille. Les enfants perçoivent parfaitement les secrets. Ils devinent les silences, les corps qui se crispent, les changements de sujets. Ainsi, mieux vaut révéler les secrets le plus tôt possible, en adaptant l’information à l’âge de l’enfant, et en lui assurant qu’il/elle n’en est pas responsable. Quelle que soit sa nature, un secret n'est jamais bon pour un enfant.
À l’adolescence, les secrets peuvent devenir dangereux — mise en danger, apparition de symptômes psychologiques, comportementaux ou physiques. L’adolescent a besoin de comprendre son histoire familiale pour construire son identité. Les parents doivent renégocier les secrets qu’ils avaient cachés à l’enfant petit.
Quelles sont les conséquences des secrets de famille ?
En voici une liste (malheureusement non exhaustive) :
Ils rapprochent certains membres tout en en éloignant d’autres, créant des alliances invisibles, des distances affectives et des hiérarchies implicites. Ces dynamiques engendrent à leur tour de nouveaux secrets, formant un cycle sans fin.
Un secret créé lors d’un moment clé (naissance, mariage, décès, divorce) peut figer la famille, empêchant toute évolution. Les anniversaires, par exemple, peuvent devenir des moments d’angoisse ou de vide si un événement traumatisant est passé sous silence.
Transmission silencieuse : un secret non résolu influence les générations suivantes et s’inscrit profondément dans l’histoire de famille. Les enfants perçoivent l’atmosphère tendue, les regards fuyants, sans comprendre pourquoi. Un secret non résolu dans une génération peut influencer les comportements, les choix et les peurs des suivantes.
Ils altèrent l’authenticité des relations. Lorsque tout le monde connaît un secret mais refuse d’en parler (comme l’alcoolisme, la maltraitance ou la maladie mentale), les conversations deviennent superficielles. Les membres de la famille valorisent la loyauté au groupe plutôt que l’intégrité individuelle.
Ils créent des conflits de loyauté, surtout chez les enfants. Un enfant qui détient un secret avec un parent, au détriment de l’autre, est pris dans un piège moral. Révéler le secret équivaut à trahir l’un ; le taire, à trahir l’autre. Cela fragilise son identité et sa capacité à faire confiance.
Ils génèrent des comportements pour masquer l’indicible. Lorsqu’un secret est trop lourd à porter, les familles développent des comportements (addictions, troubles alimentaires, agressivité, isolement) qui servent de diversion. Ces comportements deviennent des sujets de conversation “acceptables”, tandis que la cause réelle reste cachée.
Ils nuisent à la santé mentale et physique. Vivre avec un secret toxique, c’est vivre sous pression constante — comme une cocotte-minute prête à exploser. La honte, la peur, le mensonge et la culpabilité s’accumulent, affectant la confiance en soi, les relations et parfois même la santé.
Ils empêchent l’accès à des ressources vitales. Un secret d’ordre médical, par exemple, peut empêcher une personne de recevoir des soins préventifs ou de prendre des décisions éclairées. De même, un secret sur les origines (adoption, paternité) prive l’individu d’une partie essentielle de son identité.
Les secrets de famille ne sont pas statiques, ils façonnent les identités, les relations et les histoires familiales. Ils peuvent protéger, mais aussi empoisonner. Leur poids ne s’allège que lorsqu’ils sont accueillis, explorés — et, si nécessaire, révélés — avec courage, respect et un accompagnement adéquat.