Écrire notre maison de famille, entre mémoire et identité

La maison de famille n’est pas toujours une bâtisse ancienne ou un lieu hérité. Parfois, elle n’existe même plus, ou n’a jamais eu de murs clairement définis. Pourtant, chacun porte en soi l’empreinte d’un endroit qui agit comme un foyer intérieur : un espace où l’on retrouve son souffle, où la mémoire se déplie, où les liens se tissent avec délicatesse. Cette maison symbolique peut être un appartement modeste, un jardin où l’on jouait enfant, un chemin familier, ou même une simple pièce où l’on s’est senti pleinement soi. Elle se construit au fil des expériences, des gestes répétés, des voix aimées, des saisons qui passent.

Cet article invite à écrire sur un lieu de vie qui nous a construit, éclaire notre place dans le monde, et offre la possibilité d’habiter différemment notre propre histoire.

Nos lieux de vie : quand l’espace façonne l’identité

Nos lieux de vie (appartement, maison, quartier, ville) façonnent notre sentiment d’appartenance et notre identité. Se sentir chez soi n’a rien d’anodin, ni de simple : c’est réussir à être soi-même au milieu des autres. L’écriture est une clé pour mieux saisir cette alchimie entre un lieu et ce qu’il a fait de nous, qu’il s’agisse d’un logement actuel ou de notre maison de famille, chargée de réminiscences et de transmissions invisibles.

Lorsque l’écriture nous ramène à la maison de famille

Parce qu’elle est façonnée autant par nos émotions que par l’architecture, la maison de famille devient un repère affectif puissant, parfois éclairant, parfois blessant, toujours révélateur. Elle rassemble nos premiers rituels, nos apprentissages silencieux, nos peurs et nos enthousiasmes. Peu importe sa forme : ce lieu s’inscrit durablement en nous et influence notre rapport aux autres lieux de vie que nous habitons par la suite. Écrire sur cette maison intérieure, qu’elle ait été concrète ou multiple, c’est donc explorer ce qui nous a construits, interroger nos attachements, et laisser émerger ce que nos lieux disent de nous.

Cette sensation de retour, de reconnexion intime au paysage, est souvent ce qui nous relie profondément à notre maison de famille, même lorsqu’elle n’est plus habitée au quotidien.

« Chaque fois que je l'ai vu approcher sur la route qui menait à la maison de campagne de mon enfance, je me suis entendue penser la phrase : « Après ce virage, c'est chez moi. » Parce qu'après ce virage se découvrent la vue large, le relief du Meygal, les mélèzes et les genêts, les troupeaux à l'aise dans les prés immenses, qui m'ont toujours donné le sentiment que, passée cette frontière invisible, passé ce virage qu'aucune pancarte ne mentionne comme un lieu d'exception, je rentrais à la maison. » Après le virage, c’est chez moi / Marie Kock .- La Découverte, 2025 p.13

La maison ou l’appartement de notre enfance : premier territoire identitaire

C’est notre premier territoire. Les odeurs, les sons, les objets qui peuplent le lieu de notre enfance font partie de nous. La texture d’un canapé, la lumière du dimanche matin en hiver, le plancher qui grince, l’odeur du savon pour les mains restent ancrés dans notre mémoire. Leur réminiscence peut vous ramener, parfois brutalement, des dizaines d’années en arrière.

Écrire sur ces souvenirs, c’est en capturer l’essence, leur donner une permanence que la mémoire seule ne peut garantir. La maison ou l’appartement de notre enfance,  parfois la première forme de maison de famille que nous connaissons,  reflète notre milieu social, ses rituels, ses non-dits et ses dynamiques.

Quitter la maison de famille : un passage symbolique et émotionnel

C’est au sein de la maison d’enfance que notre identité commence à se former. On y devient enfant sage, intrépide, solitaire, rêveur.se, rebelle. Cette évolution s’inscrit dans les objets conservés ou les murs de notre chambre.

Quitter ce lieu marque toujours un remaniement identitaire. Vide, soulagement, tristesse ou joie : on ne part jamais indifférent.e. Écrire ce départ, c’est s’autoriser à tourner la page.

Hériter d’une maison de famille : mémoire, affect et enjeux invisibles

Selon ce qu’on y a vécu, le retour à une maison de famille peut réveiller tendresse, nostalgie, colère ou dégoût. Qu’on tente de la recréer ou de la fuir, elle reste un pan essentiel de notre histoire.

Lorsqu’on en hérite, les enjeux qui apparaissent nous ramènent directement au passé. « On découvre alors les écheveaux de passions qui s'enroulent autour d'elle. On voit les enfants se disputer avec acharnement des biens qui ne sont que des symboles. Car l'enjeu est toujours le même : à travers les histoires de maison, à travers ces histoires de territoires, de frontières, de peau, il n'est question que de l'amour et de son manque. » (Vigouroux, p.111)  Une maison de famille cristallise parfois des émotions anciennes, des loyautés silencieuses et des tensions jamais vraiment apaisées. La maison de famille devient alors un théâtre où se rejouent ces dynamiques générationnelles.

Récits familiaux et géographie affective

Les lieux de nos origines (pays, maison, terre, quartier) sont peuplés de nos ancêtres. Ils influencent profondément le sentiment d’être chez soi.

L’écriture permet de révéler, peser, transmettre. Elle ne se contente pas de raconter, elle redéfinit notre lien au lieu.

Se replonger dans les lieux de son enfance, qu’il s’agisse d’un appartement modeste ou d’une grande maison de famille, c’est retrouver ceux qui les ont animés. Les moments vécus ensemble restent indissociables des endroits évoqués.

Et vous, c’est où le lieu de votre enfance ?

 

Exercice

Prenons exemple sur la citation “Après le virage…” de Natacha Appanah. Relisez cette citation, à quel lieu de votre histoire vous fait-elle penser ? Lister 10 raisons pour lesquelles, lorsque vous arrivez dans ce lieu, vous vous dites : ici, c’est chez moi. Si vous le souhaitez, vous pouvez développer une de ces raisons.

 
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Quand l’écriture transforme un lieu de vie