De Vérolliez à Mahajanga : récits de missionnaires
En 1951, les Sœurs de Saint Maurice, congrégation valaisanne fondée en 1865, envoient leurs premières missionnaires à Madagascar. Ce départ marque le début d’une aventure humaine, spirituelle et culturelle dont les répercussions se font encore sentir aujourd’hui.
De Vérolliez à Mahajanga n’est ni une apologie ni une condamnation. C’est le récit des Vazahas, des Blancs, des femmes et hommes partis de Suisse pour vivre, enseigner, soigner, et parfois dominer, sur une terre lointaine. J’ai fait le choix de ne pas réécrire l’histoire des Malgaches, mais de transmettre celle des missionnaires suisses avec leurs certitudes, leurs doutes, leurs erreurs, et leur amour pour Madagascar.
“Il faut que l’héritage se poursuive, mais pas forcément en Europe. Notre avenir, c’est Madagascar. Elles sont assez jeunes par rapport à nous dans notre communauté en Suisse et elles ont les mêmes formations que les jeunes sœurs en Suisse. Il ne faut pas penser que c’est moins bien.”
Sr Josette Pannatier
Le livre se divise en trois parties :
Contexte colonial : L’arrivée des Européens à Madagascar, les enjeux religieux et politiques des missions catholiques, et la place de la congrégation dans ce mouvement.
Établissement et vie quotidienne : À travers journaux, lettres et articles d’époque, on suit l’implantation des sœurs dans les régions de Mitsinjo, Namakia, Antananarivo… et leur adaptation à un monde inconnu.
Récits de vie (années 70 à aujourd’hui) : Cinq témoignages (trois religieuses et un couple laïque) racontent ce que signifie devenir missionnaire, vivre l’altérité, et voir évoluer ses propres convictions. Leur parole, préservée tant que possible dans sa forme orale, révèle des émotions, des regrets, des joies, et une transformation progressive des mentalités.
Plus de 200 photographies, issues des archives de la congrégation, illustrent ces vies, ces lieux, ces moments. Elles sont un écho visuel à des récits qui, par leur subjectivité même, révèlent une vérité différente documents officiels.
Aujourd’hui, la majorité des Sœurs de Saint Maurice sont d’origine malgache. Ce livre leur est offert : non comme une vérité définitive, mais comme une version à compléter, à contester, à enrichir. Parce que l’histoire n’est jamais terminée. Elle se raconte, se réécrit, se partage.
Au fil des siècles, les congrégations religieuses ont transformé Madagascar en profondeur. Elles ont influencé les politiques publiques, l’accès aux soins, à l’éducation, et façonné des générations. Mais ce n’est pas un mouvement unidirectionnel. L’Église catholique, en Afrique, s’est renouvelée non pas en imitant l’Europe, mais en s’inculturant, en s’adaptant, en se laissant transformer par les cultures locales.
C’est en Afrique que naît une théologie vivante, incarnée, ancrée dans les réalités du quotidien celle dite d’inculturation. Elle ne s’impose pas, elle écoute. Elle ne domine pas, elle dialogue. Et c’est cette Église-là, enracinée dans les terres malgaches, qui aujourd’hui nourrit l’Église universelle y compris en Europe.
Pour les Sœurs de Saint Maurice, ce va-et-vient entre le Nord et le Sud commence par une histoire légendaire. Celle de Maurice d’Agaune, soldat copte martyr au IVe siècle, dont le nom est devenu celui de leur congrégation. Venu d’Égypte, il est mort en terre suisse. Quinze siècles plus tard, des sœurs suisses partent pour Madagascar et aujourd’hui, des sœurs malgaches reviennent en Europe, à Perpignan, pour y fonder une nouvelle mission.
De Vérolliez à Mahajanga : récits de missionnaires. Par Evelyne Mertens, mis en page par Camille Carbonaro.