Écrire l'inceste : six textes publiés qui ouvrent la parole

Note : cet article aborde l'inceste et les violences sexuelles sur mineur·es. Prenez soin de vous dans cette lecture.

Ces dernières années, plusieurs récits ont fait sortir l'inceste du silence dans lequel il reste trop souvent enfermé. Ce ne sont pas des textes faciles à lire. Mais pour les personnes qui portent une histoire semblable et qui envisagent de l'écrire, ils peuvent être la preuve que la parole est possible, et qu'elle prend des formes différentes selon qui la porte.

Voici une sélection de six textes publiés (cinq témoignages et un roman), choisis pour la diversité de leurs voix et de leurs approches.

Trois récits fondateurs sur l'inceste

Le Consentement, de Vanessa Springora (Grasset, 2020), raconte l'emprise qu'elle a subie dès l'âge de 14 ans de la part d'un écrivain adulte. Le livre a eu un retentissement considérable en France, en partie parce qu'il interroge frontalement la manière dont un milieu littéraire entier a pu fermer les yeux, voire célébrer cette relation.

La Familia Grande, de Camille Kouchner (Seuil, 2021), révèle l'inceste subi par son frère jumeau de la part de leur beau-père, et le silence qui a entouré cette famille pendant des années. Le livre est à l'origine du mouvement #MeTooInceste sur les réseaux sociaux.

Derrière les arbres, de Frédéric Pommier (Flammarion, 2026), retrace les viols qu'il a subis entre 4 et 7 ans et la manière dont ces événements, longtemps enfouis dans l'amnésie traumatique, ont ressurgi à l'âge adulte. C'est l'un des rares témoignages de ce type écrits par un homme.

Trois voix, trois positions différentes face au silence : celle qui documente une emprise sociale, celle qui brise un secret de famille, celle qui retrouve une mémoire disparue.

Deux voix pour élargir la perspective

Ou peut-être une nuit, de Charlotte Pudlowski (Seuil, 2021, d'abord un podcast), explore l'inceste maternel et sa dimension intergénérationnelle : comment un secret peut traverser plusieurs générations de femmes dans une même famille.

Ce que Cécile sait, de Cécile Cée (Marabout, 2024), est un témoignage plus récent sur une sortie d'amnésie traumatique, avec une attention particulière portée aux mécanismes de silenciation qui entourent l'inceste, au-delà du seul acte.

Une sixième voix, du côté de la fiction

Tuer le vieux, de Daria Marx (Flammarion, 2026), se distingue des cinq précédents : c'est un roman, pas un témoignage direct. L'autrice y met en scène une jeune femme qui, après l'annulation de son rendez-vous pour porter plainte contre le grand-père qui l'a agressée sexuellement dans son enfance, décide de lui rendre justice elle-même. Marx s'appuie sur son propre vécu pour construire cette fiction et de parler de l’inceste , mais garde la distance et la liberté que permet le roman : la colère y prend une forme que le témoignage pur s'autorise plus rarement.

C'est un bon exemple pour qui hésite entre écrire son récit tel quel ou le transposer dans une forme romancée : la fiction peut parfois dire des choses que l'écriture au « je » directement autobiographique retient.

Pour mieux comprendre les mécanismes en jeu

Le Berceau des dominations, de Dorothée Dussy, n'est pas un récit personnel mais un essai d'anthropologie sur l'inceste. L'autrice y démonte les mécanismes sociaux qui permettent à l'inceste de perdurer dans les familles et d'y rester tu. C'est une lecture complémentaire utile pour qui veut comprendre le système, au-delà d'une histoire individuelle.

Ce que ces textes peuvent apporter à votre propre récit

Si vous portez une histoire d'inceste et que vous envisagez de l'écrire, ces témoignages ne sont pas des modèles à suivre. Chacun de ces auteur·rices a trouvé sa propre forme, son propre rythme, sa propre distance avec les faits. Ce qu'ils ont en commun, c'est d'avoir refusé que le silence ait le dernier mot.

Écrire sur l'inceste, dans le cadre d'un récit de vie, ne vise pas la publication ni la démonstration. Ça vise à replacer l'événement dans le contexte d'une vie entière, à votre rythme, avec les mots qui vous conviennent.

Conseil de la praticienne Si la lecture de ces témoignages fait remonter quelque chose de fort, ne restez pas seul·e avec ça. Un accompagnement à l'écriture peut se faire à votre rythme, mais il ne remplace pas un suivi thérapeutique si vous en avez besoin.


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